Comprendre la convention collective des aides à domicile salariées dans le Val-de-Marne

25 novembre 2025

La convention collective, c’est le cadre qui organise les conditions de travail, la rémunération, les congés, les garanties sociales… Elle complète le code du travail en adaptant ses règles à la réalité du métier. L’appliquer (et l’indiquer sur le contrat) n’est pas une option : en tant qu’employeur, que vous passiez par un service prestataire, mandataire ou que vous embauchiez en direct, c’est obligatoire. Sur le terrain, ne pas la respecter peut conduire à des conflits, à des rappels de salaires, voire à des sanctions financières.

À retenir : En France, il n’existe pas qu’une seule convention collective pour les aides à domicile. Il en existe principalement deux, qui dépendent du type d’employeur et du contexte d’embauche. Cette réalité peut surprendre et compliquer la tâche pour de nombreux aidants dans le Val-de-Marne.

  • La convention collective de la branche de l’aide, de l’accompagnement, des soins et des services à domicile (BAD) :
    • Identifiant IDCC 2941
    • Couvre la très grande majorité des structures prestataires ou mandataires (associations, CCAS, entreprises…), par exemple les SSIAD, SAAD, ou ADMR.
    • Applicable à environ 86 % des salariés du secteur (source : UNADMR).
  • La convention collective des particuliers employeurs et de l’emploi à domicile :
    • Identifiant IDCC 2111
    • S’applique dès qu’un particulier (famille, personne âgée) embauche lui-même une aide à domicile via le dispositif du CESU (Chèque Emploi Service Universel) ou tout autre mode « direct ».
    • C’est la convention qui s’impose automatiquement si vous employez un salarié à la maison, même pour une aide-ménagère seulement quelques heures par semaine.

Attention : Il existe quelques conventions collectives spécifiques pour certains employeurs publics ou structures atypiques (CCAS, collectivités), mais dans le Val-de-Marne et le Pays d’Uveron, les deux conventions précédentes couvrent plus de 95 % des situations.

Voici une règle simple à retenir :

  • Service prestataire ou mandataire (association, société d’aide à domicile, CCAS) : convention BAD (IDCC 2941)
  • Emploi direct (vous signez le contrat, vous êtes l’employeur, en direct avec l’aide à domicile) : convention des particuliers employeurs (IDCC 2111)
Situation Qui est l’employeur ? Convention collective
Vous appelez une association d’aide à domicile (ADMR, APAS, CCAS…) L’association ou la structure BAD (IDCC 2941)
Vous embauchez directement une intervenante (CESU, Pajemploi…) Vous-même, le particulier Particuliers employeurs (IDCC 2111)
Vous passez par une entreprise d’aide à domicile agréée L’entreprise BAD (IDCC 2941)
  • SAAD : Service d’Aide et d’Accompagnement à Domicile (accompagnement quotidien, ménage, courses, aide à la toilette...)
  • SSIAD : Service de Soins Infirmiers À Domicile (géré souvent par les hôpitaux, ou des associations, prestations de soins infirmiers et aide à l’hygiène)
  • CCAS : Centre Communal d’Action Sociale (ce service communal propose parfois de l’aide à domicile, notamment pour les bénéficiaires de l’APA)

Depuis la refonte validée en 2022, la convention collective BAD (devenue nouvelle branche du « service à la personne ») harmonise les conditions d’emploi : salaires, formations, évolutions de carrière. Voici ses principales dispositions, concrètement vécues dans le Val-de-Marne :

  • Grille de salaires revalorisée : le salaire minimum d’une aide à domicile débutante (niveau A) s’élève à 11,63 €/heure brut en 2024 (source : Fédération des particuliers employeurs de France et BAD).
  • 16 niveaux (A à H) répartis en 4 filières : interventions ménagères, accompagnement social, soins, coordination. L’expérience et la formation permettent d’accéder à des niveaux supérieurs.
  • Majoration des heures de nuit/dimanche/jours fériés : de 10 à 100 % de plus selon les circonstances (voir détails convention BAD, annexe 6).
  • Durée minimale de travail garantie : application du "contrat de travail à temps partiel" avec des garanties contre les micro-plannings souvent subis (minimum 24 h/semaine, sauf exception écrite).
  • Congés payés et jours d’ancienneté : 27 jours ouvrables par an, avec en plus jusqu’à 3 jours d’ancienneté à partir de 5 ans de service.
  • Temps de déplacement entre bénéficiaires rémunéré : point clé sur le secteur, car de nombreuses interventions impliquent des trajets dans le même quartier ou la même commune.
  • Droit à la formation continue : budget dédié, possibilité de formations sur l’accompagnement de la perte d’autonomie ou l’adaptation du logement.

Bon à savoir : Dans le Val-de-Marne, certaines associations conventionnent avec le Conseil départemental pour adapter localement les grilles de rémunération, notamment dans le cadre de l’APA (Allocation personnalisée d’Autonomie).

Si vous employez une aide à domicile vous-même (en direct, donc sans passer par une structure), c’est la convention des particuliers employeurs et de l’emploi à domicile qui s’applique. Voici les principales règles adaptées à la réalité des familles :

  • Salaire minimum : au 1er janvier 2024, 11,65 € brut/heure (source : FEPEM, Fédération des particuliers employeurs).
  • Contrat obligatoire par écrit : pour tout emploi régulier ou supérieur à huit heures par semaine, ou plus de quatre semaines d’affilée.
  • Congés payés : 2,5 jours ouvrables par mois travaillé, soit 30 par an.
  • Indemnité de rupture : l’aide à domicile a droit à une indemnité de départ si vous mettez fin au contrat (au-delà de 1 an d’ancienneté).
  • Majoration des heures de nuit (22h-6h) : minimum +25 % par rapport au taux normal.
  • Indemnités de repas, de transport : à négocier individuellement, mais la convention prévoit des cadres précis.
  • Droit à la formation : la salariée peut demander une formation professionnelle, le financement passant le plus souvent par Uniformation.

À signaler : Le CESU simplifie la déclaration, mais n’exonère pas du respect des règles (congés, salaires, indemnités). Une erreur (omission de congés, paie incomplète…) peut être sanctionnée en cas de litige.

Quelques cas particuliers relevés sur notre territoire :

  • Certaines villes proposent des « chantiers d’insertion » ou des emplois aidés pour des postes d’aide à domicile via les CCAS ; c’est alors la convention collective de la fonction publique territoriale qui pourra s’appliquer.
  • Les situations de « gré à gré » (famille et salariée se mettent d’accord de façon informelle, sans contrat ni déclaration) sont fréquentes — mais illégales et dangereuses, tant pour l’aidant (responsabilité civile, pénale…) que pour l’aide à domicile (absence de protection sociale).

Tableau comparatif rapide : ce que ça change pour vous

Convention collective Salaires Congés Rupture du contrat Majoration nuit/jours fériés Formation continue
BAD (structures) Grille selon niveau (dès 11,63 €/h) 27 j. + ancienneté Procédure stricte (préavis…) De 10 % à 100 % selon horaires Oui (financée par la structure)
Particulier employeur (CESU…) 11,65 €/h minimum 30 j. ouvrables Préavis/indemnité départ +25 % nuit, fériés à négocier Oui, sur demande
  • Demandez toujours à la structure quel est l’IDCC de la convention appliquée. Si ce n’est pas indiqué sur le contrat, c’est un signal d’alerte.
  • Vérifiez le niveau de qualification de l’aide à domicile : les diplômes (DEAVS, DEAES, titre ADVF…) influent sur la grille de salaire (plus de détails sur le portail emploi.gouv.fr).
  • Conservez tous les documents : contrats, fiches de paie, attestations… en cas de litige, c’est la première demande de l’Inspection du travail ou du Conseil des prud’hommes.
  • Adaptez votre contrat aux spécificités locales : dans le Pays d’Uveron, certaines mairies exigent une attestation spécifique pour ouvrir ou maintenir une aide à domicile, notamment via l’APA ou une aide municipale.
  • Auprès des équipes APA du Département : des permanences physiques existent dans plusieurs villes du secteur, avec présence d’assistantes sociales formées au droit du travail.
  • Auprès de l’URSSAF et du CESU : mises à jour régulières de la convention sur cesu.urssaf.fr et information personnalisée.
  • Auprès des structures elles-mêmes : chaque association ou entreprise doit remettre un livret d’accueil mentionnant la convention collective, la grille salariale et les obligations légales.
  • Permanence juridique de la Maison des Aidants (Alfortville, Créteil, Nogent…) : quelques dates dans l’année permettent de poser des questions anonymement et gratuitement.

Aujourd’hui, le respect de la convention collective, c’est ce qui garantit à la fois la qualité du service pour la personne accompagnée, et la dignité pour celles et ceux qui exercent jour après jour dans des conditions parfois difficiles. Avec une population âgée en hausse de 19 % sur le secteur en dix ans (source : INSEE, focus démographique 2022), la reconnaissance des droits des aides à domicile, la stabilité des emplois et l’harmonisation des pratiques locales deviennent des enjeux majeurs. Sachons les maîtriser pour, chacun à notre niveau, améliorer l’accompagnement du grand âge dans le Pays d’Uveron.

En savoir plus à ce sujet :